Madame Binta Nabé, présidente de la Coalition nationale de Guinée pour les droits et la citoyenneté des femmes : « Il faudrait que les femmes elles-mêmes prennent conscience »

0
138

Les droits des femmes  l’éducation guinéenne sont durement touchés ces derniers temps. Dans cette interview, Madame Binta Nabé,  présidente de la Coalition nationale de Guinée pour les droits et la citoyenneté des femmes  aborde les questions liées aux droits des femmes et de leur rôle pour l’école guinéenne rayonne.

Qui est Binta Nabé ?

Je suis madame Binta Nabé, présidente  de la Coalition nationale de Guinée pour les droits et la citoyenneté des femmes. Je suis en même temps Conseillère technique chargée des questions au niveau de GHPIEGO-Guinée.

Parlant des droits de femmes en Guinée, quelle analyse faites-vous en ce qui concerne leur respect ?

Nous sommes dans les 16 jours d’activisme contre toutes les formes de violences faites aux femmes et aux filles. Je ne dirai pas que rien n’est en train d’être fait. Il y a une avancée mais le problème reste encore. Ce qui fait que sur le plan juridique, je dirai que les droits des femmes sont respectés, parce que notre pays est partie prenante à toutes les conventions traitées, sous régionales, régionales et internationales. Et la plupart de ces documents sont internalisés dans nos documents juridiques notamment le code pénal, le code de procédure pénale, le code civil a été révisé même s’il ça n’a pas encore été adopté, mais le fait d’accepter à le réviser, j’espère qu’un jour ça va être adopté. Il y a aussi la loi sur la parité qui est sur la table au Parlement au niveau de l’Assemblée. Tout ça là, c’est une avancée, il y a la structure de création des droits des femmes, notamment l’OPROGEM, les ONG, il y aussi la politique nationale du genre qui existe, il y a les stratégies nationales de prévention et de lutte contre les formes de violences faites aux femmes et aux filles. Ce qui veut dire que tout l’arsenal juridique existe, les mécanismes existent mais le problème se pose dans l’application. Cette non application est une responsabilité partagée dans la mesure où celles-là même qui sont victimes, peut-être par méconnaissance sont sous les pressions sociales qui font qu’elles n’osent même pas venir porter plainte. Même celles-là qui osent porter plainte, qui osent demander justice sont dissuadées sous l’effet des pesanteurs socioculturelles en disant : il ne faut pas faire ça, on ne doit pas faire ça, c’est la famille, c’est ton mari. Bref, ces actes sont soutenus par cet état de fait, du coup, ça fatigue les organisations ou les structures qui travaillent dans ce sens-là. Le fait que nous ayons sensibilisé sur les voies de recours, il y a eu des organisations qui ont été créées par-ci par-là, cela amène les femmes à aller rester en justice, à connaître leurs droits. Même si elles ne vont rester en justice, mais elles vont apprendre à se prendre en charge, à se protéger face à certaines formes de violences. Ce sont des questions de droits, donc à pas millimétriques, ça avance.

Peut-on dire que toutes ces associations et organisent luttent pour que la femme puisse être entendues ?

Si je prends les 16 jours d’activisme, c’est un mouvement de sensibilisation et de plaidoyer pour expliquer  aux autorités, pour que les textes qui sont déjà acquis soient appliqués, que les auteurs soient punis, pour que les stratégies soient prises pour aider et autonomiser les femmes, les filles pour respecter l’égalité et pour faire la promotion du genre pour tout ce qui concerne la vie des hommes, des femmes, la vie des enfants. Bref, la vie d’une nation notamment dans le cadre du développement socioéconomique. C’est ça l’idée de ces mouvements qui se créent par-ci, par-là. C’est dans le cadre de respect des conventions. Les mouvements sont les moyens de  pression sur les organisations. Le fait que cela ait été institutionnalisé au niveau des Nations unies, c’est une avancée  qu’on ait  16 jours d’activités du 25 novembre au 10 décembre de chaque année contre toutes formes de violences faites aux femmes et aux filles. Et à chaque fois que cela se passe, l’année suivante il y a de nouveaux programmes qui visent à améliorer l’application de ces dispositions prises au niveau des Nations unies, des pays, de l’union africaine, de la CEDEAO, etc.

Lire aussi:https://www.laguineenne.net/madame-konate-nantady-la-femme-qui-a-su-forger-son-destin/

Vous pensez que les femmes guinéennes veulent encore plus être entendues ?

Moi, je ne dirai pas que les femmes guinéennes ne sont pas entendues. Sur le plan texte, il n’y a pas de discrimination en tant que telle. Il y a eu beaucoup d’évolution.  Depuis avant d’ailleurs, sur ce plan, la Guinée est en avance sur beaucoup de pays. Il faut que les gens soient sûrs de ça. Quand vous prenez nos  textes et d’autres, c’est différent. Aucune femme n’est interdite par exemple d’appartenir à un parti politique, de créer un parti politique, aucune femme n’est interdite travailler, le code ne fait pas la différence. Mais le problème se situe où ? Il faudrait que les femmes elles-mêmes prennent conscience, qu’on cesse de se victimiser mais qu’on aille qu’on fonce, qu’on cherche à connaître nos droits, à réclamer nos droits, ça ce n’est interdit à personne. C’est ce qui dénote la multiplicités des groupements et ONG féminins de défense des droits des femmes. Ces organisations doivent maintenant œuvrer pour faire connaître mieux ces droits. Sur le plan économique par exemple, l’économie guinéenne est tenue par les femmes. Quand vous partez à Avaria, dans les marchés, ce sont les femmes qui tiennent mais le problème est qu’elles n’ont pas la capacité managériale de ces fonds, parce que tout ce qu’elles cherchent, elles mettent à la disposition des familles. Donc, elles ont besoin d’être renforcés à la gestion des micros finances pour être économiquement autonome. Et quand elles sont économiquement autonomes, elles pourraient envisager à participer à la gestion des affaires politiques, publiques de leurs localités, parce qu’être responsable pour la communauté ne veut seulement  dire être ministre, directrices, etc. mais la responsabilité commence au sein de la famille. Et si une femme est capable de se prendre en charge, de fructifier quelque chose, d’apporter quelque chose, elle peut partager le pouvoir avec l’homme. Maintenant, il faut une petite spécificité pour le respect de l’équité, parce que depuis un certain temps, le fossé qui sépare l’éducation des femmes et des hommes est grand. Pour réduire ça, il faut créer des stratégies positives qu’on va appeler discriminations positives pour réduire ce fossé.

Le constat révèle que l’école guinéenne est menacée. Quel rôle les femmes doivent jouer pour que l’école reprenne de belle allure ?

L’éducation  est le rôle régalien de l’Etat. D’ailleurs tous les secteurs sont du rôle régalien de l’Etat, tout ce que les organisations font, c’est aider l’Etat à la mise en œuvre de ses politiques sectorielles. Il y a eu déjà beaucoup démarches. Les enseignants savent ce qu’ils cherchent, l’Etat sait ce qu’il peut. Ce que nous pouvons faire, c’est de sensibiliser de part et d’autre, faire des plaidoyers, mais sachant que l’éducation est du rôle régalien de l’Etat,  cet Etat doit s’assumer. Les enseignants, les élèves et les parents d’élèves sont tous dans le même bateau que pilote l’Etat. Donc, l’Etat doit jouer son rôle pour que les enfants reprennent les cours. L’Etat  ne manque pas de stratégie, de fonds, de mots. Il doit se mettre au-dessus de certaines mêlées pour résoudre cette situation. C’est interpeller l’Etat à ce qu’il regarde ce qu’il faut faire pour le bien de ce pays. Ces enfants-là seront des chefs de demain, les parents et les hommes de demain. S’ils n’ont pas une bonne base, si quelque part leur éducation est bafouée, cela va se répercuter sur la vie de la nation. Tout ce qu’on est en train de faire : barrages hydroélectriques, hôtels, etc. s’ils n’ont pas une formation de qualité, ça n’aura pas de sens.

Quel message à l’endroit des femmes ?

Ce que je dirai à mes sœurs, mes mères, c’est de travailler dur, de foncer, se renforcer les capacités, être fière et avoir confiance en soi. Moi, je suis contre le fait  qu’on dise qu’elles sont analphabètees, elles ne le sont pas. Peut-être qu’elles ne savent pas lire et écrire en français ou en anglais, mais il y en a qui savent lire et écrire le N’Kô. Dans les langues de leurs localités, elles s’expriment. Elles calculent leur argent, personne ne le fait à leur place.

Aliou DIALLO

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here