Madame Bah Houlaimatou Baldé est médecin, activiste: «Quand une femme veut, elle peut être qui elle veut»

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Madame Bah Houlaimatou Baldé est médecin, activiste et directrice de la start-up ‘’ Allô 224’’. Dans cette interview, la brave dame aborde de long en large son enfance, sa vie professionnelle et son engagement dans l’activisme.

Parlez-nous de la petite Houlaimatou que vous avez été ?

Mon enfance fut l’une des périodes les plus belles de ma vie, car j’ai été élevée au sein d’une famille nombreuse de 12 enfants où nous avons toujours été entouré de l’amour et l’attention de nos parents qui étaient très protecteurs.

Mes parents ont fait de leur mieux pour nous éduquer comme il se doit, en nous aidant à nous épanouir dans un monde moderne dans le respect des traditions sans jamais nous imposés quoi que ce soit.

Grandir dans une famille nombreuse m’a permis d’avoir une certaine aptitude vis-à-vis de la vie et des autres, et cela m’a toujours servi. C’était une belle époque où l’enfant du voisin était aussi le vôtre. Nous avons été heureux et chanceux mes frères et moi d’avoir des parents qui ont fait de leur mieux pour nous donner la meilleure éducation possible, en nous inscrivant dans de bonnes écoles, tout en assurant le suivi de nos études avec rigueur et discipline. Ils nous ont inculqués les valeurs fondamentales d’une vie réussie. Pour moi grandir dans cette famille est ma plus belle réussite.

Au cours de mes années au lycée j’étais assez sportive et j’adorais les activités culturelles ce qui m’a permis d’intégrer les club culturelles et scientifiques dans les différents établissements que je fréquentais. J’écrivais des sketchs sur les MST et leur prévention pour éduquer et sensibiliser les jeunes filles sur les questions de santé et d’hygiène sexuelle. C’est de-là que m’est venue la passion pour la médecine, filière que j’ai ensuite choisie comme à l’université.

A l’Université Koffi Annan, j’ai intégré l’AEM Guinée (Association des étudiants en médecine de Guinée) et l’IFMSA (Fédération mondiale des étudiants en médecine). Cette dernière est présente dans 108 pays à l’époque à travers le monde.

Mariée au cours de mon cursus universitaire et mère depuis 6 ans maintenant, j’ai dû me battre pour allier mes études de médecine, ma condition de femme mariée et mes missions communautaires avec les institutions Onusiennes lors de la riposte face à la poliomyélite et la maladie à virus EBOLA en Guinée. Cela a été possible grâce au soutien de ma famille. Cette période m’a permis d’acquérir de l’expérience et de devenir polyvalente  .

De cette période j’ai appris que

 ‘’S’intégrer dans un groupe de gens qui ne parlent que de Projet est le début d’une belle carrière professionnelle   ‘’

Quel conseil que vous répétait souvent votre mère ?

Ma mère me disait ma fille la vie ne te fera pas de cadeau en tant que femme, c’est à toi de t’affirmer et de prendre ton destin en main, et depuis je me suis dit : ‘’Quand une femme veut, elle peut être qui elle veut ‘’          

 Que peut-on retenir de votre parcours professionnel ?
Je suis une femme dynamique et polyvalente qui évolue dans différents domaines d’activités, entre  autres la médecine générale , et l’activisme depuis 2016 pour la lutte pour les droits de l’homme et plus précisément pour l’éducation pour tous  au sein de la plateforme d’ONG dénommée ‘’L a voix du peuple’’ …  Je suis la nouvelle la directrice d’une start-up de livraison de repas qui se nomme Allo 2224 et parallèlement je suis conseillère en formulation de projet et stratégies marketing pour beaucoup de PME et d’ONG locales .        

Madame Bah Houlaimatou Baldé quelles activités menez-vous dans la ‘’VDP’’ et dans ‘’ Allô 224’’  et leurs objectifs ?

Je suis une des fondatrices de la plateforme et je fais partie de la coordination de la VDP . Elle compte une dizaine d’ONG dont le Balai citoyen, la PCUD, le Parlement des Jeunes Leaders de la Société Civile, le PJDD, l’OCPH, etc… Cette plateforme a été créée dans l’optique d’apporter des solutions aux crises récurrentes survenues dans le système éducatif de notre pays. Nous avons rédigé un mémorandum et protesté pour que les conditions du système éducatif soient améliorées. Nous avons également mené des activités pour le maintien de la paix et de la quiétude sociale en Guinée lors de la SENACIP 2017 à travers le projet ‘’Citoyen au Cœur de la Nation’’ qui avait pour objectif de promouvoir « le vivre ensemble ». Nous avons en outre réalisé un sondage d’opinions sur l’état du tissu social en Guinée qui sert de support aux ONG évoluant dans ce domaine. Par ailleurs, nous sommes les organisateurs des deux fêtes de l’indépendance de l’an 59 et 60 de notre pays et même au niveau de la diaspora à l’étranger pour celle de 2018 ; et récemment avec le ministère de la jeunesse,  nous avons participé à la journée internationale de la jeunesse à travers une conférence débat sur la jeunesse et le dividende.

Et pour ce qui est d’Allô 224, c’est une nouvelle start-up qui a pour vision la création d’emplois locaux pour réduire le taux de chômage des jeunes en Guinée. Cette PME a vu le jour il y a une année et elle est spécialisée dans la livraison des repas dans la zone de Conakry.

Que pensez de la représentativité des femmes dans les instances de prise de décision en Guinée ?

Je pense que ce débat sur la problématique du genre en Guinée est une question socio-politique globale et complexe, qui commence d’abord en famille où la priorité est plus donnée à la scolarisation des jeunes garçons que celle des petites filles. La participation de ces dernières aux tâches ménagères est considérée comme naturelle au détriment de leurs études parfois. Souvent les petites filles sont élevées pour devenir des bonnes ménagères et non des cadres audacieuses.

Lire aussi:https://www.laguineenne.net/ces-femmes-qui-se-battent-contre-la-misere-dans-leurs-jardins/

La question du genre se situe aussi au niveau politique où le taux de représentativité des femmes est très faible. Il n’y a pas plus de 5 femmes dans le gouvernement alors qu’il est dit que 30 pourcent des femmes doivent occuper des postes stratégiques de prise de décision dans les instances supérieures de notre nation. Le nombre qui y siège n’est pas représentatif des femmes à la base. 

Comment la situation des femmes peut-elle changer pour qu’elles soient représentatives au sein des instances de décisions          

Tout d’abord les femmes doivent prendre conscience de leur potentiel en ayant confiance en elles, en s’affirmant, en s’inspirant de modèles de réussites et d’influence qui ont vécu leurs réalités, en scolarisant les jeunes filles ou en se parlant entre groupes de femmes. Les femmes doivent se départir de l’idée qu’elles sont un sexe faible.

Elles doivent en outre se battre pour l’institution de la parité entre hommes et femmes pour l’accès aux mandats électoraux et aux fonctions électives dans les institutions publiques.

’ Une femme instruite est un peuple éduqué en devenir ‘’Les femmes doivent se former, travailler dur en usant de leurs atouts intellectuels, de leur créativité. Il faut toujours miser sur son potentiel tout en ayant à l’esprit que nous sommes déjà une réussite et que nous sommes importantes dans la société. La dernière chose que je peux dire à mes sœurs Guinéennes, c’est d’être solidaire dans la vie de tous les jours et d’oser être des femmes engagées, braves et polyvalentes ; de toujours essayer sans jamais se victimiser ou abandonner quels que soient les injustices et les coups auxquels elles seront confrontées dans leur vie de femme et surtout elles doivent oser dénoncer les injustices sociales de tous genres et y remédier en étant des femmes solutions.

Dieudonné Aly KOMANO           

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