Découvrez la femme de l’année, Aïssata Kaporo Soumah (interview)

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Aïssata Kaporo Soumah, chargée de recrutement formation au Groupe Vincent Bolloré
Aïssata Kaporo Soumah, chargée de recrutement formation au Groupe Vincent Bolloré(Crédit photo: Guinée Buzz)

Aïssata Kaporo Soumah, chargée de recrutement formation au Groupe Vincent Bolloré à Conakry (Guinée), une femme multifonctionnelle combative et qui fait tout pour l’émancipation de la femme guinéenne. Elle évoque dans cette interview son engagement pour la cause féminine et l’amour de son pays qui font d’elle une patriote exemplaire.

Laguinenne.net: d’abord dites-nous qui est Aïssata Kaporo Soumah ?

Aïssata Kaporo Soumah est guinéenne née en Côte-d’Ivoire. Elle a 30 ans, mariée et mère d’une fille.

 Présentez-nous votre activité !

Je suis Responsable chargée de la formation et recrutement à une des entités du groupe Bolloré “Conakry terminal’ qui s’occupe du port à conteneur de Conakry. Bolloré a plusieurs filiales ici comme “transport et logistique” (transit), “Blue-line” qui s’occupe des blue-zones et “avast” qui s’occupe du marketing et de la communication.

Parlez-nous brièvement de vos études et de votre enfance.

Je suis née en Côte-d’Ivoire, j’ai grandi en Guinée. J’ai fait la majeure partie de mes études ici à VH (Victor HUGO). Quand j’ai décroché le bac mes parents ont décidé de m’envoyer en France (2005). Je ne me suis pas opposée. Là-bas, j’ai fait l’école supérieure de commerce de Troyes (ESC). Je me suis spécialisée en management des ressources humaines. J’ai un bac+5, donc un master dans ce domaine. J’ai travaillé deux ans durant dans une société à Paris. La société s’appelle MODIS, une filiale du groupe ADECCO qui recrute des partenaires à plusieurs sociétés à travers le monde.

Comment expliquer que vous vous soyez retournée au pays et non rester comme la plupart de nos compatriotes ?

 L’esprit de revenir au pays m’a toujours animée. Je me dis que le pays a besoin de mon expertise, on a plus besoin de mes compétences ici qu’en France. Et puis chez les autres tout y est presque. Donc, j’ai décidé de revenir aider mon pays. Je cherchais une opportunité d’emploi là-bas mais orientée vers mon pays, la Guinée. Dès que je l’ai eu à travers Bolloré, je l’ai saisie et je suis venue en 2015. Depuis d’ailleurs j’occupe ce poste. On n’est jamais mieux ailleurs que chez soi.

Quels sont les quelques changement que vous avez apportés dans votre service depuis que vous l’occupez notamment par rapport à la couche féminine ?

Je mets toujours en pratique ce que j’ai appris en l’Occident. En Guinée, les gens sont souvent dans le népotisme ou favoritisme. Chez moi, ce n’est pas le cas. Pour preuve, j’ai deux sœurs qui ont terminé depuis deux ans et qui cherchent encore du travail. Guinéenne que je suis, j’aurais pu leur dire: venez auprès de moi. Je fais mon travail professionnellement. Par rapport à la femme, je me bats à accorder une place prépondérante à la femme. J’ai recruté pas mal de femmes depuis mon arrivée. Nous avons un portique qui sera conduit pour la première fois par une femme que j’ai recrutée. Dans notre pays, je vois qu’on recrute beaucoup plus les hommes. Donc, je privilégie la femme dans le choix du personnel qu’on me propose de faire même si ce n’est pas facile.

 Dites-nous donc quel combat vous menez pour la cause féminine ?

Je ne mène pas un combat spécifique mais j’essaie d’aider les jeunes et les femmes notamment. Sur Facebook par exemple, si je découvre une femme ou une jeune fille qui fait des publications de son activité, moi je l’aide à partager pour qu’elle ait une large visibilité. Cela à travers un atelier coaching RH (ressources humaines) que j’ai créé. J’ai une page de coaching RH. Elles me demandent conseils, je le leur donne. Je les initie à l’élaboration de documents de recherche d’emploi, à préparer des entretiens d’embauche. Mon poste m’a permis de comprendre qu’il y’a encore du chemin à faire au niveau des jeunes par rapport à ces choses. Les jeunes, en majorité les femmes, n’arrêtent pas de me dire qu’il y’a plusieurs années que j’ai terminé, je cherche l’emploi mais je ne gagne pas alors que quand on voit le contenu des documents qu’ils fournissent on se rend compte qu’il y’a assez de lacunes.

Avez-vous un nombre de jeunes filles ou femmes  que vous avez eu à coacher ?

 Le nombre, je ne retiens pas mais j’en ai fait pour beaucoup déjà depuis mon arrivée en Guinée. Il y’en a qui me remercient sur Facebook. Certaines me disent souvent que mes conseils leur ont donné un plus sur leur initiative. D’autres me disent que je suis une source d’inspiration pour elles; toujours sur Facebook.

 Comment se fait la relation foyer et travail?

Le travail et le foyer, c’est vraiment de l’organisation. Il faut savoir quelle est la priorité et se planifier ainsi. Moi par exemple, du lundi au vendredi je suis au travail de 08 heures à 17 heures. La nuit, je m’occupe de mon foyer. Les weekends je fais mes autres business.

Quels types de business faites-vous ?

 J’ai une marque de vêtements africains qui s’appelle “Kapsaide by Aicha Kaporo”. Le textile africain m’affectionne beaucoup mais ce n’est pas assez exploité. Donc, j’ai décidé de le valoriser.

Où se fait la fabrication de ta marque ?

La fabrication se fait en Côte-d’Ivoire. C’est moi-même qui dessine les modèles, je leur envoie, eux se contentent de la production.

Mais pourquoi pas en Guinée ?

La Côte-d’Ivoire c’est aussi mon pays. Je vous ai dit au départ que j’y suis née. J’y ai fait mon enfance. Mes parents y ont vécu dix ans. Je fais pour la guinée et donc je dois aussi faire pour mon pays natal.

Quel sens donnez-vous aujourd’hui à la femme en général, particulièrement la femme guinéenne ?

 La femme d’aujourd’hui est très émancipée, indépendante. Il y’a des choses que les femmes font aujourd’hui il y’a 20 ou 30 ans elles ne le faisaient pas ou tout simplement elles n’avaient pas droit. Quant à la femme guinéenne, elle est courageuse, combative. Elle fait tout pour avoir son pesant d’or dans la famille et ça c’est dans leur vie de tous les jours. Souvent au niveau du marché de Matoto, je rencontre des femmes quand je rentre du bureau, le matin aussi. Les hommes eux dorment encore. C’est vraiment exceptionnel et je les encourage.

En Guinée, les femmes ont un faible taux de représentativité dans l’administration publique ou privéeQue dites-vous à propos ?

C’est révoltant. Il y’a assez de talents féminins mais qu’on musèle dans notre pays. Je profite d’ailleurs pour inviter les responsables publics et privés à donner de la chance aux femmes pour exprimer leurs talents. Pour moi, elles peuvent faire autant que les hommes.

Vous ne pensez pas que la faute revient aux femmes elles-mêmes ?

Je ne crois pas à ça. Les femmes et les jeunes filles veulent faire des choses mais on ne le leur permet pas. Beaucoup de jeunes filles et de femmes sont aujourd’hui entrepreneuses, certaines sont dans le commerce, etc., alors je me dis qu’elles ne pouvaient pas y arriver si tel était le cas.

Nous souhaiterions savoir votre position sur la polygamie qui vient d’être légalisée même si le texte n’est pas encore promulgué !

Nous sommes en Afrique et en général, la polygamie est autorisée. Je n’ai pas forcément d’avis négatif sur la question. Ils peuvent la pratiquer comme ils veulent. Mais personnellement, je ne souhaiterais pas que ça arrive dans ma vie de couple. C’est compliqué d’avoir des enfants avec des femmes différentes. Les relations seront toujours tendues dans ce type de famille. Donc, c’est une expérience que je n’aimerais pas vivre.

Que compte faire madame Aissata dans 10 ou 20 ans ?

C’est dans ma marque de vêtements que je compte beaucoup m’investir et surtout dans l’agroalimentaire qui marche beaucoup en Guinée. Côté études, je pense que c’est suffisant ce que j’ai aujourd’hui comme acquis même si on dit souvent qu’on ne finit jamais d’apprendre. En dehors de ça, c’est de développer le coaching RH dans mon pays.

Vos conseils aux jeunes filles et aux femmes!

 Je conseille aux jeunes femmes et aux femmes de continuer à se battre, être toujours motivées pour cesser d’être dépendant de leur époux. Avoir un mari, un foyer avec des enfants, c’est bon mais avoir une vie professionnelle et une bonne situation financière est meilleure aujourd’hui dans ce monde.

Interview réalisée par Sâa Joseph KADOUNO

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